Réforme AGIRC ARRCO : Quel impact pour nos retraites ?


La dernière réforme AGIRC ARRCO nourrit beaucoup d’inquiétudes chez les futurs retraites. Une mesure en particulier cristallise les passions : l’instauration d’un « coefficient de solidarité » pour toutes les pensions de retraite liquidées à compter du 1er janvier 2019. Objectif ? inciter les salariés à reporter d’au moins une année calendaire la date de leur départ en retraite afin d’éviter de subir une diminution temporaire de leurs droits. Beaucoup de choses ont été écrites ces derniers mois à ce sujet, pas toujours fondées, ce qui a provoqué une grande confusion parmi les assurés. Nous vous proposons ici de jeter un regard objectif sur cette mesure et les conséquences financières réelles qu’elle peut représenter.

réforme AGIRC ARRCO

Impact de la réforme AGIRC ARRCO

 

Les coefficients de « solidarité », qu’est-ce que c’est ?

L’accord AGIRC ARRCO signé le 30 octobre 2015 par les partenaires sociaux a donc prévu la mise en place dès le 1er janvier 2019 de coefficients dits de « solidarité » sur les retraites complémentaires. Objectif affiché : « Faire face aux difficultés financières rencontrées par les régimes ces dernières années… et assurer une solidarité intergénérationnelle et interprofessionnelle entre les assurés » . Conséquence pour les futurs retraités ? Une série de mesures négatives dont ces fameux « coefficients ».

La volonté des partenaires sociaux est de « modifier les comportements de départ à la retraite des salariés » : Sauf exceptions, tous les salariés qui liquideront leurs pensions de retraite à compter du 1er janvier 2019 dans les conditions actuelles de départ en retraite (à savoir remplir les conditions du taux plein – atteindre l’âge légal d’ouverture de droits et réunir le nombre de trimestres de retraite requis pour sa génération -) subiront un abattement temporaire de 10 % sur leurs retraites AGIRC ARRCO pendant 3 ans. Seul moyen de l’éviter, reculer d’une année calendaire (4 trimestres de retraite) leur départ en retraite. Ainsi, quelqu’un qui pourrait aujourd’hui partir avec tous ses droits retraites dès 62 ans devra prolonger son activité d’un an (63 ans) s’il veut éviter l’abattement.

Toujours dans l’optique de maintenir plus longtemps les salariés en activité, ont également été mis en place des coefficients « majorants ». Les salariés qui reculeront de 2, 3 ou 4 années supplémentaires leur départ bénéficieront respectivement d’une majoration de 10, 20 et 30 % sur leurs retraites complémentaires, mais seulement pendant un an…

La rationalité financière des régimes de retraite est implacable : Plus le salarié recule son départ en retraite, plus son espérance de vie diminue et moins on lui verse de retraite…

 

Réforme AGIRC ARRCO : quel impact sur les retraites ?

C’est là toute la question. Si la perspective de perdre 10 % de retraite pendant 3 ans n’est guère réjouissante, il faut replacer la situation dans son contexte. Les retraites AGIRC ARRCO interviennent en complément du régime général de Sécurité sociale et sont proportionnelles à la rémunération brute des salariés. En résumé, plus ma rémunération est importante, plus je cotise et donc plus ces retraites ont de l’importance.

Ainsi, l’impact de la mesure ne sera pas du tout le même selon ma rémunération et donc mon statut ! Pour un non cadre la perte mensuelle sèche moyenne estimée sur 3 ans est de`… 1 200 € net. Une somme non négligeable mais pas forcément rédhibitoire ! Une fois les 36 mois écoulés, le retraité retrouvera la totalité de ses droits. Par contre la donne change pour les cadres et particulièrement ceux qui perçoivent une rémunération conséquente… Pour autant il ne s’agit encore une fois que d’une mesure temporaire.

Le choix est donc binaire : est-ce que je choisis de prendre ma retraite au plus tôt pour en profiter avec une retraite diminuée temporairement ou est-ce que je suis prêt à prolonger mon activité pour éviter l’abattement mais du coup à perdre 1 an de retraite ?

 

Est-ce vraiment la seule mesure qui doit préoccuper les futurs retraités ?

En réalité lorsque l’on regarde le détail de la réforme AGIRC ARRCO du 30 octobre dernier on se rend compte que les partenaires sociaux sont allés beaucoup plus loin que ça. Ils disent eux-même que « tous les leviers disponibles vont être utilisés dont le niveau des pensions et le niveau des cotisations retraite« .

Pour citer ces autres mesures pêle-mêle : le maintien du gel de la revalorisation des pensions jusqu’en 2019 « au moins« , la hausse continue du prix d’achat des points retraite, la fusion des régimes AGIRC et ARRCO au sein d’un régime unique, la hausse du taux d’appel des cotisations retraite (part incompressible des cotisations qui ne génèrent pas de droits direct mais sert à la constitution de réserves financières pour les régimes) etc.

Pire, lorsque l’on étudie en détail l’impact prévisionnel des différentes mesures sur les comptes des régimes de retraite complémentaires on se rend compte que les coefficients de « solidarité » représentent une goutte d’eau par rapport au reste. Ainsi les économies réalisables grâce à cette mesure seraient de l’ordre de seulement… 800 millions d’€ à l’horizon 2030. À titre de comparaison, le gel de la revalorisation des pensions représenterait à lui seul 2,6 milliards d’économies !

Donc si nous résumons, la mesure phare de la réforme AGIRC ARRCO mise en lumière ces derniers mois ne constitue pas forcément un frein pour les retraités vu son impact très variable. Elle ne devrait par ailleurs que très peu rapporter aux régimes de retraite… Il s’agit en réalité « d’un tout petit arbre qui cache la forêt de mesures négatives contenues dans cet accord ». À bon entendeur…

À noter également que les mesures entérinées par cet Accord pourront rapidement être revues… à la baisse. En effet les signataires ont inclus une « clause de revoyure » qui permettra de revoir le contenu de la réforme en fonction des économies réalisées (qui apparaissent déjà largement insuffisante vu la situation financière des régimes complémentaires…), et ce dès 2021 !

Source : lemonde.fr

Auteur : Florent SARRAZIN

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